La Réalité Spirituelle

 
 
   Il existe depuis plusieurs siècles une croyance qui laisse entendre que le « monde spirituel » se trouve essentiellement après la mort du corps et que notre séjour sur Terre n'est fondamentalement qu'une étape préparatoire à la vraie spiritualité dans l'au-delà.

   En réalité, la spiritualité qui est vécue dans l'au-delà n'est pas nécessairement plus élévée que celle vécue sur Terre ou à un autre niveau d'existence quelque part dans l'univers. Le critère le plus sûr de l'évolution spirituelle ne se trouvera jamais dans la structure subtile ou grossière de la matière où évoluent les âmes, ni dans la sorte de corps qu'elles habitent, mais plutôt et surtout dans la qualité d'éveil intérieur de ces âmes, quel que soit l'endroit de l'univers où elles vivent.

   Si on comprend bien cela, il devient évident qu'un sage vivant sur Terre dans son corps de chair connaîtra beaucoup mieux ce qu'est la spiritualité qu'une âme angoissée et sans repos, même si elle devait être libérée de son enveloppe physique et qu'elle vive dans un monde subtil de l'au-delà. Ce n'est pas l'au-delà qui assure la qualité de la spiritualité mais l'illumination de l'âme.

   Même s'il est vrai que les couches plus fines de la matière offrent davantage de liberté et de pouvoir que celles du monde composé de matière dense, on ne peut affirmer cependant que ces mondes plus subtils sont davantage spirituels.

   La croyance très populaire en un monde spirituel réservé à l'au-delà avait oublié de tenir compte de ce qu'est réellement la spiritualité telle qu'elle existe dans sa forme pure.

   Par conséquent, si quelqu'un affirme que la spiritualité existe uniquement ou principalement après la disparition du corps grossier, il faudrait que cette personne ajoute, afin de couvrir la vérité sur ce sujet, que la spiritualité existe au-delà de n'importe quel corps, qu'il soit physique, éthérique, astral, céleste ou autre.

   Bien que le degré de bonheur, de liberté et d'intelligence, ainsi que la longévité de la vie peuvent varier énormément d'un monde à un autre, la réalité spirituelle n'est pas si différente, que l'on vive sur Terre ou ailleurs dans l'au-delà.

   Cette clarification est de la plus haute importance et il est nécessaire de l'expliquer pour la comprendre clairement. Elle est d'autant plus importante si on considère que des milliards d'êtres humains, pendant de nombreux siècles, ont, sur la base de cette compréhension partielle de la spiritualité, accepté leurs souffrances terrestres comme étant la condition inévitable et souvent nécessaire pour accéder à la vraie liberté spirituelle enfin rendue possible dans « l'autre monde ». Alors qu'en réalité, la spiritualité n'y est absolument pas garantie automatiquement.

   Sur l'échelle cosmique de l'évolution, l'expérience spirituelle est répartie en degrés d'intensité selon la densité de la matière qui voile la luminosité de l'âme divine. Tant et aussi longtemps que l'âme n'a pas pris totalement conscience de sa propre nature, qui est non identifiée au corps qu'elle occupe et détachée aussi des plaisirs et des pouvoirs offerts dans n'importe quel monde, ici ou ailleurs, on peut dire que la spiritualité n'existe pas encore réellement. La spiritualité pure dépasse tout attachement à la matière. Elle est pure conscience.

   Pour illuster cela, imaginons maintenant les différentes couches de la matière, telles que représentées ci-dessous par un dégradé de lignes plus ou moins foncées et espacées. La matière la plus dense est identifiée par la lettre majuscule A. Les lettres B-C-D indiquent les innombrables strates de matière de plus en plus fines.
 
 
 
 
 

 
   Le niveau le plus subtil de la création ne contient en lui-même presque aucune matière. Il est identifié par la lettre E. La lettre T montre la dimension qui n'appartient plus au monde physique. Elle transcende toutes les couches d'existence matérielle. C'est le domaine de l'esprit pur ou de la spiritualité infinie, au-delà de toute trace de relativité ou de changement. Enfin, la lettre L représente le niveau où la création commence à se manifester en énergie et en matière. Cette ligne se situe entre le transcendant et les couches les plus fines de la matière.

   Tous ces niveaux de la matière existent simultanément et sont emboîtés les uns dans les autres, le plus subtil servant de fondement au niveau qui lui est plus dense. La physique moderne nous enseigne cela aussi. Il est dit que les particules subatomiques sont les constituants des atomes qui eux-mêmes sont regroupés en composés moléculaires lesquels forment, à partir de leur existence microscopique, le fondement de toute la matière infiniment diversifiée que l'on retrouve en surface de la vie.

   Des milliards de choses, toutes différentes les unes des autres, sont formées à partir de quelques éléments de base qui sont très semblables les uns aux autres. Finalement, l'univers matériel n'est composé que d'un seul élément essentiel : l'énergie pure.

   L'énergie pure est l'élément le plus subtil de la création phénoménale. Elle est donc omniprésente dans l'univers, puisque rien ne peut exister sans elle.

   Un murmure au niveau des ondes radio ira beaucoup plus loin qu'un cri lancé dans l'air ambiant, parce qu'il est introduit là où il y a moins de différences entre les choses, donc moins d'obstacles. Si, un jour, la technologie pouvait « lancer » le même murmure au niveau de ce vacuum de matière qui est l'énergie pure, le son pourrait être instantanément véhiculé dans l'univers entier car il voyagerait sans résistance. Ce son se retrouverait simultanément en tous lieux, sans avoir à se déplacer pour être ailleurs.

   Après ces quelques explications partielles sur le monde de la physique, on peut comprendre beaucoup mieux la possibilité qu'ont les mondes célestes de jouir plus intensément de la luminosité de l'intelligence universelle et de la raison pour laquelle ils possèdent des libertés si vastes. Les corps célestes sont faits uniquement de lumière, presque d'énergie pure.

   Les êtres les plus subtils vivent littéralement aveuglés par la présence immédiate de la source L de la création. Par contre, les corps de matière grossière, construits selon les lois spécifiques régissant l'arrangement chimique du niveau A sont très denses, donc lourds. Leur matière ressemble davantage à de la glaise vivante qu'à de la lumière habitée d'une intelligence individuelle. La fatigue s'introduit vite dans un tel corps grossier et il s'use rapidement parce qu'il doit subir une friction constante au contact de toute autre chose. Pour ces corps, les limites du temps et de l'espace sont très difficiles à franchir et l'écologie est de la plus haute importance, car un tout petit changement dans l'équilibre interne ou externe peut créer une tension telle que ce corps ne pourrait s'y adapter et périrait.

   Ainsi, comment pouvions-nous dire au début de ce chapitre que la spiritualité n'est pas plus grande après la mort du corps physique qu'avant. Si on connaît la description des mondes célestes, il est tout à fait normal de désirer quitter un jour notre matière terrestre pour aller jouir des paradis, cachés dans la matière la plus subtile. Cela est vrai mais notre spiritualité sera-t-elle plus grande là-bas ?

   N'oublions pas qu'aussi longtemps qu'une âme demeure identifiée au corps dans lequel elle vit, elle n'a pas encore réaliser la spiritualité. Elle n'en vit qu'une parcelle ou qu'un rayon. Elle connaît une spiritualité qui sera relative au niveau où elle se trouve, c'est-à-dire plus haute que celle du plan qui la suit en densité mais plus basse que celle du niveau d'existence qui la précède en raffinement.

   Comme à chaque niveau d'existence plus subtile il y a moins de « corps », moins de matière et plus « d'esprit» , cela permet une perception céleste accrue, mais la spiritualité demeurera toujours partielle si l'âme se sent attachée aux plaisirs qu'offre ce plan d'existence. On peut être très évolués ou perfectionnés mais peu spirituels.

   Pour expliquer le phénomène de l'attachement, on peut utiliser un exemple facile à comprendre, tiré de notre expérience quotidienne au niveau matériel. Si quelqu'un possède dix mille dollars d'économies, il se sent normalement un peu plus en sécurité que son voisin qui n'a que deux mille dollars en banque. Par contre, une troisième personne, possédant plus de deux cent mille dollars regarderait ses deux collègues d'un œil triste puisqu'il les trouverait tous deux dans une situation peu enviable, compte tenu de leur faible pouvoir d'action.

   Cependant, une chose reste commune à ces personnes. Elles sont toutes les trois identifiées à leurs avoirs matériels et sont dépendantes de leurs économies pour leur bonheur. Il en est ainsi des richesses célestes. Une âme particulière peut sembler davantage libre qu'une autre, mais connaît-elle pour autant ce qu'est la spiritualité ? L'attachement à des facultés merveilleuses du monde céleste n'est pas vraiment différent de l'attachement aux plaisirs et aux pouvoirs terrestres. Il existe une différence de degrés dans la possibilité d'expression de leur liberté et dans l'étendue de leur vision, ou de leur connaissance, mais dans les deux cas, l'attachement reste le même. La différence, encore une fois, entre la spiritualité sur Terre ou dans le cieux ne peut être que dans des degrés de bonheur ou de jouissance et dans la vision plus ou moins claire du processus de création mais elle n'est pas autre.

   Aussi longtemps que l'âme trouve sa source de bonheur dans un corps ou un monde, elle ne connaît pas la spiritualité réelle parce qu'elle s'identifie à son rêve de paradis, toute absorbée qu'elle est dans sa subjectivité dont elle n'est pas libérée. Afin qu'elle quitte son « illusion matérielle » ou son « mirage céleste », elle doit s'éveiller elle-même complètement, car c'est seulement dans sa propre infinité que sont contenues la joie sublime et la paix parfaite.

   Aussi longtemps que l'âme vit l'illusion que « quelque chose », « quelqu'un », ou « quelque part » constituent les sources de son épanouissement, elle ne s'est pas encore éveillée totalement à la spiritualité. La spiritualité est essentiellement connaissance claire de l'âme. Elle n'a à peu près rien à voir avec l'au-delà.

   Seul le domaine transcendantal de l'énergie pure ne contient plus aucun devenir et aucun changement. Il est l'existence absolue sans actions ni changements. Le domaine de la transcendance n'est pas l'addition de cent degrés de plus sur l'échelle des bonheurs relatifs. Il dépasse toute mesure de bonheur. Le transcendant n'est pas plus glorieux ou un peu plus beau que le niveau céleste de la création. Il est vide de toute matière et pourtant il contient toute la plénitude de l'univers dans son silence éternel. Il est le vide le plus rempli qui puisse exister et il est aussi la plénitude la plus dénudée qui soit.

   Même si on additionnait d'un seul coup tous les plaisirs de toutes les créatures de l'univers, cela n'égaliserait pas et ne décrirait pas non plus la félicité infinie de l'expérience du transcendant. Cet état est le repos total au-delà de toute forme de transformation. Il ne possède pas d'attributs et il les contient tous pourtant. Il est rempli de tous les paradoxes les plus extrêmes et n'en contient pourtant aucun à la fois puisqu'il ne peut être divisé en parties. Il est « UN » éternellement et ne contient aucune dualité même si toute la multiplicité de l'univers n'est que l'expression de sa propre intégrité indivisible. Le transcendant est comme l'énergie pure de l'univers qui devient des millions de choses diverses tout en n'étant jamais rien d'autre que de l'énergie pure immuable.

   On pourrait croire que le monde matériel est l'envers du monde spirituel car l'éternel a fabriqué l'impossible opposé de lui-même, en créant le temps qui n'est que le passage de la mort dans l'individualité extrême de chaque instant. L'éternité n'est pas un temps d'une durée infinie, mais tout simplement un état qui transcende complètement toute mesure du temps.

   Il y a donc DEUX SORTES DE SPIRITUALITÉ comme il y a fondamentalement deux caractéristiques à l'existence. Une première spiritualité est RELATIVE et appartient au monde changeant de la création phénoménale. Celle-ci se mesure par degrés plus ou moins élevés, selon le développement de la conscience incarnée dans un niveau de matière plus ou moins subtile.

   L'autre spiritualité est transcendante à toute matière et elle appartient au domaine de l'esprit pur. Elle est spiritualité éternelle de l'âme infinie se percevant elle-même, au-delà de toute identification avec quoi que ce soit d'autre. Cette spiritualité de se mesure pas et ne se compare à rien d'autre. Elle ne fait pas partie du monde de la matière mais de l'esprit pur. Elle est l'état d'illumination qu'ont vécus les plus grands saints et saintes de la Terre dans n'importe quel pays.

   Pour celui qui est totalement illuminé dans la connaissance de la conscience transcendantale, par la pratique de la méditation profonde, il n'y a rien dans l'univers entier, du paradis le plus beau en passant par les pouvoirs magiques de n'importe quel niveau de la matière subtile, qui n'apportera essentiellement la paix sauf la réalisation de l'âme comme libérée de toutes ses illusions et de ses attachements.

   Aussi longtemps que l'âme n'est pas libérée, que valent les plus belles richesses du paradis ? Même le plus grand bonheur de l'univers matériel contient en lui-même le germe d'une souffrance future qui pourra germer et se matérialiser. Si chacun de nous pouvait faire le tour de l'univers et connaître en une seule vie les plaisirs et les limites de chacun des niveaux d'existence dans l'univers, nous opterions tous sans exception pour la voie spirituelle de la transcendance plutôt que celles de n'importe quels autres niveaux des mondes grossiers ou subtils.

   Où réside la spiritualité ? Elle est dans l'âme ! Elle est dans le silence de l'âme et non dans l'esprit actif qui fait partie du domaine relatif. En fait, la spiritualité peut être perçue partout mais seulement lorsque l'âme n'est pas identifiée au corps qu'elle habite et la personnalité qu'elle occupe temporairement. Cette spiritualité réellement universelle est au-delà de toutes les pensées, même les plus inspirantes et au-delà de tous les concepts humains. Cette spiritualité est transparente comme l'infini. Elle n'a que très peu à voir avec nos croyances religieuses qui ne font que suggérer le spirituel.

   Dès que cette spiritualité transcendantale devient éveillée, elle se vit n'importe où, quelque soit l'endroit où l'âme est incarnée. La spiritualité est donc là où l'âme est perçue dans toute sa pureté et nulle part ailleurs.

   Aussi, il est préférable et urgent que les chercheurs spirituels soient guidés vers la source pure de toute spiritualité, plutôt que de vivre dans l'espoir d'un bonheur dans l'au-delà. La spiritualité n'est pas à l'extérieur de soi dans un endroit qui serait ailleurs qu'ici. Elle est en soi, là où l'on se trouve en ce moment. Il suffit simplement d'être instruits sur la façon d'expérimenter le niveau transcendantal de la conscience et de se familiariser avec ce niveau. La spiritualité ne sera jamais plus grande et plus sainte qu'après l'illumination de l'âme. Cette âme ne voit plus de matière dans la matière mais uniquement « l'Esprit » qui, dans son omniprésence, imprègne tout, même l'énergie pure qui pénètre toute la matière.

   Voilà la spiritualité totale, non pas dans un paradis ou dans un quelconque au-delà, mais ici et maintenant, à découvrir en soi. Il ne sert à rien d'attendre passivement ni d'espérer la venue d'un monde spirituel ici ou ailleurs, tant et aussi longtemps que l'homme ne vit pas l'illumination de l'âme. C'est sur Terre que nous devons évoluer spirituellement.

   Toutes les activités de l'homme, tous les métiers et toutes les professions ne devraient être tournés que vers cet objectif de l'illumination de l'âme. L'homme est heureux lorsqu'il glorifie la vie et dirige le flot de l'évolution vers la perception et l'expression totale de ce qui est illimité : la spiritualité transcendantale. 

 
Roger Bouchard


 
Page 1     Dieu... et religion ?   André A. Bernier

Page 2     
Surprise, en arrivant au ciel !   André A. Bernier

Page 3     
Table des matières, Le Livre d'Urantia    Le Livre d'Urantia

Page 4     
Prendre conscience... en douceur   André A. Bernier   

Page 5     
Carte des religions dans le monde   7eevangile.com

Page 6     
La religion   Placide Gaboury

Page 7     
Le processus d'une cause de canonisation   Communauté de l'Emmanuel

Page 8     
Les 12 apôtres   gotQuestion.org

Page 9     
Omraam Mikhaël Aïvanhov nous parle de Dieu et de religion   O. M. A.     

Page 10   
Les diocèses du Québec   Wikipedia

Page 11   
Le Catholicisme et le célibat des prêtres   Wikipedia

Page 12   
La réalité spirituelle   Roger Bouchard

 
 
 12 



Créer un site
Créer un site