La religion



   J'appelle religion cet ensemble organisé de pouvoirs, de règlements et de rites qui assujettit les êtres et les empêche de croître. Bien sûr que le mot religion (religare) évoque originairement la relation entre les êtres et les choses. Mais ce n'est pas ainsi que la religion se manifeste dans le concret : elle est plus politique que spirituelle. Elle divise plus qu'elle unit. Elle soumet plus qu'elle rend autonome. Elle rend plus coupable que responsable.

   C'est pourquoi il est naturel que l'on remette en question le monde de la religion comme univers de pouvoirs et d'institutions. Il ne faudrait pas être naïf : les responsables des grandes corporations religieuses (catholiques, protestants, islamiques, juifs) n'ont pas intérêt à perdre leurs pouvoirs, bien au contraire, ils vont tout faire pour les maintenir, sinon les renforcer. Leur contrôle, c'est leur survie.

   Aussi craignent-ils tous les agents qui menacent ces pouvoirs — les mystiques, les questionneurs (depuis Hans Küng jusqu'à Jean-Paul I, assassiné par la Curie et sa mafia), les chercheurs (qu'on appelle les têtes fortes ou les mauvais esprits), les insoumis, les insatisfaits, les exigeants, les assoiffés d'absolu (comme les Soufis de l'Islam). Il y a des casiers prévus pour ces gens — des persécutions, des condamnations, des restrictions, des défenses d'écrire, de prêcher ou d'enseigner. En cela, ce n'est pas foncièrement différent des procédés d'un régime communiste, simplement moins physique — parfois. (Qu'on se souvienne de la longue tradition chrétienne de bûchers, de tortures, de tueries, de terrorisme universel.)

   Or, il s'établit très vite et très facilement une collusion, une dépendance réciproque, entre ceux qui contrôlent et ceux qui veulent être contrôlés. Ceux qui sont d'esprit dépendant, sans charpente intérieure, sont les victimes naturelles de ces oiseaux de proie qui d'en haut guettent les faibles, les sans défenses, les soumis. On maintient les gens dans un esprit infantile, dans l'incapacité de penser ou d'agir par eux-mêmes.

   Nous sommes à une époque où il est enfin possible à chacun de se faire sa propre idée sur les questions de l'heure. Il est maintenant permis de se créer sa propre synthèse, de remettre en question tout ce qui s'écrit et s'est écrit, de resasser tout ce qui s'est dit ou se dit. Cette exploration chacun pour soi est devenue désormais possible, nécessaire même. L'autorité a cessé d'être verticale. Nous entrons dans un monde où chacun peut se renseigner, s'instruire, s'abreuver, savoir, décider pour lui-même. Il n'y a plus personne au-dessus de personne.

   (Sans doute restera-t-il toujours une minorité de personnes incapables de se mener toutes seules, comme on le voit dans certaines institutions. Mais le nombre de ces personnes pourrait demeurer minime si les responsables aidaient, dans la mesure de leurs moyens, les êtres capables d'autonomie à en acquérir au lieu de les maintanir dans un état de dépendance ou même de les faire régresser.)

   Les temps qui commencent ne pourront plus permettre la domination des uns par les autres au nom d'un dieu quelconque, de l'argent ou du parti. Tout cela c'est du matériau de guerre, du matériel de mort. Toute attitude mère-poule est assimilable à de la tyrannie. Et les pires tyrannies, comme on le sait, s'exercent toujours au nom d'un dieu libérateur (qu'il soit Marx, Jésus ou Khomeini).

   Ce dont on a besoin, ce n'est pas d'être soumis à des pères, des papes ou des popes qui, derrière leurs robes d'Église-mère, cachent des pouvoirs de machos. Ce qu'il faut à l'être humain, c'est qu'on le respecte, qu'on l'aide à se conduire lui-même, à devenir autonome, qu'on lui apprenne le respect de lui-même, qu'on lui montre comment trouver sa voie à lui, à ne plus se soumettre mais à voler de ses propres ailes, comme Jonathan.

   Mais on ne donne pas ce que l'on n'a pas. Or, en général, les responsables d'Églises ne sont pas libres. Ils ne sont pas libres puisqu'ils ont besoin de défendre leurs positions, leurs rôles et leur autorité. Ils ont besoin de défendre le château-fort de leur vérité : ils ont besoin de défendre le passé. Ils ont surtout besoin de se défendre eux-mêmes contre ce qui change, ce qui est inconnu, ce qui est incontrôlable, imperceptible et irréductible au pouvoir. Les gens d'Églises ont peur. Plus on est bardé de défenses, plus on a peur.

   Quand on a besoin de costumes pour se définir, on a peur de l'anonymat. Quand on a besoin de dogmes pour se rassurer, on a peur de la vérité. Quand on a besoin d'obliger les gens à obéir, on a peur de sa propre liberté autant que de celle des autres. La religion est un royaume de peur.

   Un jour, Gandhi allait rencontrer une troupe de guerilleos féroces qui l'attendaient de pied ferme. Il leur dit simplement : « Vous êtes armés parce que vous avez peur ; moi je n'ai pas d'arme parce que je n'ai pas peur. » S'armer de fusils ou de dogmes, d'ukases et de contrôles, c'est toujours s'enfermer dans la peur. Ce n'est pas rester vulnérable, ouvert à la vie, au changement continuel, à l'inconnu, à l'improvisation. Se promener en papemobile quand on est censé être le messager de paix, c'est agir dans la peur.

   Il suffit pourtant d'aimer. Il ne s'agit pas de rassembler des gens pour leur dire d'aimer ou comment aimer ou de les y obliger. Il ne s'agit pas de s'unir pour se sentir forts contre les autres — païens, gentils, incroyants, croyants d'autres religions, sectes ou mouvements. Il a toujours été question, il sera toujours question de simplement laisser les autres être et devenir comme ils l'entendent. Le respect de l'autre, l'amour-tendresse, c'est toute la religion, c'est toute la vie. Tous les systèmes ne feront jamais faire un seul acte de tendresse. Et sans tendresse que reste-t-il ?

source : Message pour le vrai monde, de Placide Gaboury

 
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Le Catholicisme et le célibat des prêtres   Wikipedia

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La réalité spirituelle   Roger Bouchard

 
 


 

 
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